COVID-19

Notre histoire dans un monde en crise


21 janvier 2020. Première fois que nous entendons parler du Corona Virus, ou COVID-19. Un article nous est envoyé, dans lequel on relate l’histoire d’un chinois dans la province de Wuhan qui aurait mangé une chauve souris achetée illégalement sur un marché et qui aurait développé un virus extrêmement contagieux. Bien que quelques cas soient recensés où nous nous situons, en Thaïlande, personne ne s’inquiète ni ne prend de mesure relative au virus. A ce moment, nous sommes très loin d’imaginer l’ampleur que va prendre le COVID, nous sommes simplement vigileants et évitons les contacts avec les animaux comme on nous le conseille. 

Février 2020. Le virus a pris de l’ampleur, la Chine a fermé ses frontières et nous remarquons que la foule commence a déserter les sites touristiques. Nous sommes parfois seuls dans des endroits d’ordinaire très fréquentés comme les temples d’Angkor, la Baie d’Halong… Il faut l’avouer, le virus ne nous touche pas, on ne parle qu’à voix basse des nombreux décès, de la propagation en Europe et nous, on se réjouit simplement d’être en voyage, d’être seuls et libres dans des endroits merveilleux. 

8 mars. Les écoles ont désormais fermé leurs portes au Vietnam et le premier cas de Corona Virus est déclaré dans la capitale, Hanoï, lorsque nous y retournons. D’ailleurs, il aurait été importé directement de Paris. Dans les rues tout le monde est masqué, on se bat pour trouver du gel hydroalcolique, on comprend vite que si nous voulons profiter de la suite de notre voyage, il va falloir se protéger. Nous continuons de porter le masque que nous avions reçu lors de notre croisière, dans les lieux clos et fréquentés. 

10 mars 2020. Tout s’accélère. Lorsque nous arrivons à Bali, l’Europe est largement contaminée, l’Italie vit une crise sans précédent, les écoles ont fermé dans de très nombreux pays à travers le monde. En France, il semble que l’on commence à prendre réellement conscience du problème et nos proches nous suggèrent de rester bien loin de notre pays d’origine qui ferme ses portes peu à peu et se prépare au grand confinement, annoncé le 16 mars par le Président Emmanuel Macron. Nous, on se dit qu’on a encore de belles semaines devant nous mais on commence à réfléchir à notre prochain vol : doit-on rentrer en France ou rejoindre la Californie qui a l’air relativement épargnée ?

17 mars 2020. Depuis quelques jours toutes nos conversations sont tournées vers le Corona Virus. Dans les rues de Bali, les enfants commencent à se couvrir la bouche et le nez lors de notre passage, on ne se sent plus les bienvenus. Les informations sont inquiétantes, tous les pays commencent à fermer leurs frontières. Ce soir, on se décide avec nos co-helpers à prendre nos billets retours, à destination de Paris. On se couche avec le goût amer de ne pas avoir réussi notre projet, d’avoir gâché notre rêve. Mais on espère pouvoir le reprendre dès que la crise sera passée, peut-être… Le lendemain midi, on quitte notre jolie villa du Nord de Bali pour visiter le Sud et prendre une dernière bouffée de liberté. Notre vol est prévu pour le 23 mars, 6 jours plus tard. 

22 mars 2020. En se levant ce matin, nous apprenons que l’aéroport de Bangkok par lequel nous devons transiter le lendemain, a renforcé ses mesures de sécurité sous l’impulsion du gouvernement Thaï. Nous devons immédiatement nous rendre à la clinique pour effectuer une visite médicale et se procurer une attestation certifiant que nous ne sommes pas porteur du Corona Virus. Les tests sont brefs : prise de température frontale, stétoscope, prise de tension, observation des yeux et de la gorge et diverses questions sur les symptômes. Nous ne sommes pas dépistés mais repartons avec notre laisser-passer. 

23 mars 2020. Nous arrivons confiants, munis d’un tas de papiers pour notre enregistrement sur le vol TG 432 de la compagne Thaï Airways. Pourtant, à 3h du décollage, nous apprenons que nous ne pouvons pas embarquer : le gouvernement a décidé de durcir une nouvelle fois les règles et nous devons cette fois être munis d’un test sanguin. Comme la clinique nous l’a précisé la veille, les tests sanguins ne se font pas sur Bali pour le COVID-19 et les résultats, quoi qu’il en soit, prennent 3 à 5 jours. Il était parfaitement impossible d’avoir le test demandé mais nous restons malheureusment cloués au sol, comme l’intégralité des passagers non-Thaï présents. Après réflexion et un demi-tour à l’aéroport, nous décidons de réserver des billets avec la compagnie Etihad pour le lendemain, au départ de Jakarta et nous nous envolons dans la soirée vers la capitale indonésienne. Il en faut plus pour nous abattre, bien que le coup soit dur à encaisser. 

24 mars 2020. Après une courte nuit dans l’aéroport de Jakarta, réveillés par la sécurité, commence alors pour nous une longue journée d’attente et de stress. Sur le papier les astres sont alignés, l’aéroport d’Abu Dhabi ferme ses portes le 25 mars a 23h59 et notre escale s’achève le même jour à 2h du matin… nous sommes larges ! Pourtant, nous comprenons à l’air que prend l’hôtesse à l’enregistrement, que nous ne pourrons une nouvelle fois pas décoller. Nous sommes pris par un mélange de colère, d’impuissance et de tristesse, nous qui étions si sûrs de retrouver notre maison le lendemain. L’ambassade reste sans réponse face à nos questions et l’on nous parle d’un rapatriement dans une semaine, dix jours, peut-être un mois… Nous nous joignons à un groupe de Français pour passer la nuit près de l’aéroport et relativiser tous ensemble de notre situation. Ce soir nous sommes résignés à attendre le rapatriement.

25 mars 2020. Ce matin en se réveillant, l’instinct et l’impatience nous poussent à surveiller les vols au départ de Jakarta. Nous découvrons que la compagnie Qatar Airways a passé un accord avec plusieurs pays dont la France pour rapatrier les populations chez elles. C’est donc pleins de volonté que nous réservons un troisième vol retour (toujours plus cher), malgré les sommes envolées dans les billets précédents. Et comme le sort s’acharne, nous recevons quelques heures plus tard un e-mail de l’ambassade de France à Jakarta qui annonce que la compagnie qatari a affrété deux avions de rapatriement au départ de Bali le lendemain et sur-lendemain. Nous tentons notre chance mais ne recevons pas de réponse positive contrairement à la plupart de nos compagnons de galère… tant pis pour nous, nous avons tout de même un billet sur un vol commercial. Nous entendons par ailleurs les témoignages de voyageurs coincés dans le monde, sans solution, et l’on se dit que nous ne sommes pas les plus mal lotis. Dans notre pays, les nouvelles ne sont toujours pas bonnes et le virus fait de plus en plus peur, mais nous nous y sentirons plus en sécurité, avec des conditions sanitaires bien plus favorables qu’ici. 

26 mars 2020. La vie est pleine de rebondissements et nous recevons enfin notre attestation de rapatriement. C’est avec soulagement que nous reprenons un vol en direction de Bali pour ce qui sera, nous l’espérons, notre dernière soirée sur le territoire indonésien ! Nous rejoignons près de l’aéroport une dizaine de français qui comme nous, seront sur le vol de rapratriement le lendemain. C’est une soirée pleine de récits de voyages, d’expériences, de rires et de partage. Ces moments nous font oublier les galères par lesquelles nous sommes passés ces derniers jours et notre projet qui a malheureusement dû être avorté prématurément. 

27 mars 2020. C’est encore une longue journée d’attente et de formalités administratives, mais nous ne nous plaignons pas, nous allons enfin pouvoir être rapatriés avec 400 autres français. En termes de mesures de confinement, on est bien loin de la France, tous regroupés en masses, côtes-côtes durant les longues files d’attente, puis dans un avion plein. Même si nous prenons garde à nous couvrir d’un masque et nous laver les mains très régulièrement, le risque zéro n’existe pas. D’autant plus que certains Français continuent à se penser plus forts que les autres et refusent de porter le masque donné gracieusement par l’ambassade. Si vous passez par là, sachez que l’égoïsme ne sauvera jamais là planète. Si vous vous fichez de vous protéger, protégez au moins les autres de vous-même. Nous embarquons finalement pour un trajet de 17h dans le ciel, jusqu’à notre destination finale.

28 mars 2020. Nous avions rêvé de notre trajet Bali-Los Angeles mais c’est bien à Roissy-Charles de Gaulle que nous atterrissons ce matin. En toute sincérité, nous sommes ravis de retrouver enfin notre maison, notre famille, après toutes ces péripéties. Nous allons continuer de voyager à travers nos photos, nos vidéos, les carnets que nous avons noircis tous les jours de nos deux mois et demi d’aventure. Il est difficile de dire au revoir à nos moments de liberté, à nos découvertes culinaires, à nos virées en scooter, nos sorties culturelles et tous les merveilleux paysages qui ont illuminé nos journées. Il faut savoir être raisonnables et rentrer était pour nous la meilleure solution, afin de retrouver un cadre sain, un système de santé adapté à la situation. Nous ne pouvons pas nous plaindre dans ce terrible contexte et avons une pensée pour tous les travailleurs de la santé, des transports, des services qui font tourner le monde alors qu’il est figé dans la peur et l’incertitude. Nous espérons désormais que les nuages finiront pas disparaître et que la Terre sera plus belle encore. Prenez soin de vous !

N&J